Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 en Haïti a donné lieu à un élan de solidarité peu commun. Devant l’ampleur du drame, une trentaine de pays et une dizaine de grandes organisations internationales ont contribué financièrement aux opérations d’urgence et de reconstruction, tandis que des dizaines de milliers de citoyens ont participé aux nombreuses collectes de fonds.

Combien d’argent a-t-on recueilli? On ne peut que l’estimer…

Les pays et les grandes organisations comme la Banque mondiale, le FMI et les grandes agences de l’ONU se sont engagés à verser 13 milliards de dollars canadiens.

Ce total ne tient pas compte des milliards amassés par dons privés versés directement à des ONG comme la Croix-Rouge, Médecins du Monde et des centaines d’autres.

Plusieurs milliards ont donc pu s’ajouter.

À titre d’exemple, la Croix-Rouge canadienne a reçu à elle seule 227 millions de dollars. Il semble réaliste de chiffrer à plus de 15 milliards le total de l’argent engagé dans l’aide post-séisme.

Un mythe veut que la plus grande partie n’ait jamais été versée. Le tableau est certes moins sombre.

Deux ans après la catastrophe, en 2012, les Nations unies avaient estimé que les fonds promis par les pays donateurs avaient été dépensés dans une proportion de 62 %. À titre d’exemple, le Canada, deuxième pays donateur en importance après les États-Unis, avait à ce moment dépensé 890 millions $ des 1,2 milliard annoncés.

Par la suite, le Canada a poursuivi ses programmes d’aide. Depuis 2010, le Canada a aidé Haïti à hauteur de 1,4 milliard, en faisant le deuxième pays bénéficiaire après l’Afghanistan.

Cela dit, le gouvernement haïtien n’a pratiquement rien touché, les donateurs ayant préféré verser l’argent à des ONG ou à des agences de l’ONU, comme le PNUD, chargées de coordonner les efforts de reconstruction.

L’ambassadeur du Canada en Haïti à l’époque, Gilles Rivard, explique ainsi cette approche :

Le Canada, comme d’autres pays donateurs, hésite beaucoup à faire ce qu’on appelle de l’appui budgétaire direct (au gouvernement) parce qu’on n’a pas vraiment confiance dans la capacité de pouvoir gérer ça sans que la corruption n’intervienne.
L’ex-ambassadeur du Canada Gilles Rivard

Sans compter que l’État haïtien, déjà très faible avant la catastrophe, s’était littéralement effondré lors du tremblement de terre : environ 20 % des fonctionnaires avaient perdu la vie et les sièges d’une quinzaine de ministères avaient été détruits.

Urgence et reconstruction

Peu de critiques ont été formulées sur l’aide d’urgence, c’est-à-dire celle qui a été fournie pendant les premiers mois suivant la catastrophe.

Le pays comptait 280 000 morts et 300 000 blessés. Un million et demi de personnes étaient sans abri, dépourvues de tout : eau, nourriture et toit (…)

La République des ONG

Haïti a été surnommé la République des ONG tant la présence de ces organismes internationaux a été dominante.

La reconstruction a été en très grande partie assumée par elles, avec peu ou pas de coordination avec les pouvoirs publics haïtiens (…)

La Croix-Rouge a aussi reconstruit l’Hôpital Saint-Michel de Jacmel, détruit par le tremblement de terre.

L’hôpital est moderne et d’une qualité architecturale indéniable. Mais l’État haïtien, qui en a la charge, est incapable d’assurer son alimentation en électricité.

De plus, l‘hôpital manque de médecins, car ceux-ci y étant peu payés, ils préfèrent se concentrer sur la pratique privée (…)

Dans certains cas, un certain enracinement a amené les responsables à recourir à des solutions qui n’ont pas fait l’unanimité.

Ainsi, les réfugiés du Champ-de-Mars, au centre de la capitale Port-au-Prince, ont reçu des allocations pouvant aller jusqu’à 800 $ pour se reloger. Après un an, 60 % de ces relogés avaient quitté les logements qu’on leur avait trouvés.

Peu de retombées

Une des critiques les plus souvent entendues concernant les travaux de reconstruction, c’est que l’argent a très peu été versé à des Haïtiens et a souvent bénéficié à des entreprises privées dans les pays donateurs.

Ce fut le cas des maisonnettes, par exemple, construites au Québec par Maisons Laprise de Montmagny.

Une grande partie de l’argent a été aussi versée en salaires à des Canadiens, qu’il s’agisse des militaires, des coopérants des ONG ou encore des policiers dépêchés en Haïti pour contribuer à la formation de la police haïtienne.

Il n’existe pas de bilan définitif des dépenses et de leurs résultats.

Les nombreux organismes internationaux, les ONG et les gouvernements ont établi des bilans comptables, mais très peu de vérifications et de véritables post mortem ont été faits.

Le gouvernement canadien n’a jamais produit une évaluation complète des programmes qu’il a soutenus. Après 10 ans, on ne peut porter de jugement catégorique sur l’ensemble des efforts.

Les problèmes d’Haïti demeurent

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