Ce 14 janvier 2020, trois sénateurs de la majorité présidentielle ont pris les rênes de ce qui reste du Sénat haïtien. Un tiers du corps va essayer de garder l’institution dans sa permanence constitutionnelle. Le président Jovenel Moïse et ses alliés gagnent sur toute la ligne. 

Nous ne sommes pas arrivés à ce carrefour par hasard. Déjà en 2018, quand se posait la question du mandat des sénateurs sortis troisième lors des dernières élections tenues selon un calendrier que la Constitution amendée ne prévoyait pas, Jovenel Moïse avait conclu un accord verbal avec certains de ses adversaires. Un tiers des sénateurs obtenait quatre ans au Sénat au lieu de deux ans, sur cette base. En échange, il était question que des lois seraient votées.

Il n’en sera rien.

On connaît le bilan du Parlement en général et celui calamiteux du Sénat en particulier. 

Deux ans plus tard, c’est à minuit deux minutes, le deuxième lundi de janvier 2020, que le président prend les devants et dit constater la caducité du Parlement. Ce mardi, la Police nationale d’Haïti empêche les sénateurs qui le souhaitent mais qui ne sont pas sur la liste des élus de la présidence d’accéder au Sénat. 

La messe est dite. 

Le sénateur Pierre François Sildor, que Jovenel Moïse voulait déjà placer à la tête du grand Corps, prend la présidence de ce qui reste de l’institution devenue inutile faute de quorum mais encore vivante. 

En contrôlant encore une fois le Sénat, le président Moïse fait main basse sur toutes les institutions de la République. Il a toutes les manettes en main. Les maires restent encore en poste, grâce à son bon vouloir, sans grands moyens, et vivent dans la crainte de se faire renvoyer à la vie civile. 

Plus aucun opposant important n’a l’immunité parlementaire ni aucune popularité certaine. Le président a l’appui de l’international ainsi que celui du secteur privé. 

Les puissants hommes d’affaires haïtiens ont compris que la volonté présidentielle peut leur enlever leur fonds de commerce. Même le taux de change du dollar s’est brusquement stabilisé depuis des mois après l’évocation de représailles étatiques. 

L’expression «L’Etat, c’est moi », a un visage en Haïti et c’est Jovenel Moïse. 

Le pays est sorti de la voie de la démocratie. Il n’y a ni agenda pour le ramener dans le droit chemin ni tentative de négocier un retour de la démocratisation. Il n’y a pas non plus de calendrier pour des élections et le président, maître autoproclamé du temps constitutionnel, parle seul de nous concocter à sa sauce et à ses conditions une nouvelle loi mère. 

Les opposants semblent aujourd’hui frappés de catatonie politique. 

Le président a tous les pouvoirs et le pays se demande ce qu’il va en faire.

Le premier test n’est pas convaincant. Annoncer la construction de dix lycées quand l’École normale supérieure et toutes les écoles de formation des maîtres sont dans un état désastreux ne nous fait pas avancer, sans parler du statut des professeurs ou des internes et résidents des hôpitaux que le ministère de la Santé publique et de la Population veut sacrifier. 

Le président a tous les pouvoirs. Mais que proposera-t-il à Haïti dans les prochains mois si (…)

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